Compte Rendu de la conférence avec Shoot Ogawa, Octobre 2013

Conférence de Shoot Ogawa, Octobre 2013, au club des Magiciens de Provence

Laissez moi revenir sur une conférence qui m'a vraiment marqué, celle de Shoot OGAWA, un brillant magicien japonais qui nous a donné une belle leçon de prestidigitation.
Venu en Octobre au club des magiciens de Provence, il n'a pas laissé indifférent ses adhérents.

Un mot tout d’abord sur l’hôte de la soirée. C’est un garçon tout à fait charmant, souriant, enjoué, drôle et très proche des magiciens auxquels il propose s es routines, n’hésitant pas à solliciter les questions et à distiller de la fantaisie dans ses présentations. Quelques mots de français par ci par là lui permettent d’achever d’augmenter le capital sympathie auprès du public.

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Shoot Ogawa est originaire de Tokyo et a commencé la magie à 10ans. Il est né en 1975 et a déjà été sacré deux fois magicien de l’année au x Etats - Unis dans la catégorie de close - up (2003 et 2006) . Il est primé de nombreuses fois dans des concours internationaux et a construit sa réputation sur une parfaite maîtrise des anneaux chinois et du « muscle pass » (passe au muscle) grâce auquel il mystifia John Cornelius lui - même en employant sa méthode horizontalement et non verticalement. C’est un virtuose et créateur exigeant qui n’a de cesse de rechercher la simplicité (à ne pas confondre avec la facilité !).

La maîtrise technique es t très impressionnante mais la dimension psychologique l’est tout autant. Les réflexions partagées sur l’économie de gestes, sur l’exploitation d’une même technique à des rythmes différents pour créer des effets variés aux yeux du public sont également des indices de la générosité de Shoot OGAWA. Il ne s’agit pas d’exécuter des techniques difficiles, d’être un virtuose – ce que Shoot OGAWA est à n’en pas douter – mais de donner l’impression au spectateur que nous sommes un virtuose, y compris quand nous eff ectuons des passes élémentaires... Ce qu’il faut, c’est faire de la magie et non un tour de magie....

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La dimension pragmatique n’est pas laissée de côté non plus . Il convient de «rentabiliser » les effets que nous présentons. Leur nombre est limité et le pub lic, lorsque l’on se produit dans des restaurants par exemple, est souvent le même d’une semaine ou d’un mois à l’autre. Il convient donc de ne pas présenter la même routine aux mêmes personnes. D’où la nécessité de travailler ces changements de rythmes ai nsi que différents textes, scénarios et variantes dans la construction des tours. Le conseil donné (réalisable en club... C’est même l’endroit idéal) est de proposer à quelques semaines d’intervalle à des collègues magiciens le même effet dans une présentation tout à fait différente. S’ils ne réalisent pas qu’ils ont déjà vu ce tour auparavant, c’est que la nouvelle présentation est assez différente de la première pour passer pour une routine différente.

Mais SHOOOOOOOOOT !!! Ca commence !

Échauffement

La conférence s’ouvre sur ce que Shoot OGAWA nomme un « échauffement ». Il s’agit de se chauffer les doigts avec quelques passes de pièces... Et il a vite les doigts brûlants !

Quelques commentaires sur le muscle pass (passe au muscle) assortis de quelques démonstrations , fausses solutions, rebondissements, donnent le ton... Entre deux ou trois « on peut faire le muscle pass de gauche à droite comme ça », « plus vite comme ça » et « mais le plus magique c’est quand la pièce remonte », on a vite compris qu’il al lait falloir travailler pour arriver à faire le dixième de ce que que ce monsieur là était capable de faire à l’échauffement ! Nous sommes tous captivés !

On a pu retrouver (avec plaisir j’espère), même s’il n’a pas expliqué toutes ses disparitio ns, l’italienne arrière que nous avions pu travailler lors de l’ atelier de Lawrens GODON, et une multitude de disparitions, apparitions, sauts, virevoltes et autre vrilles... Les doigts sont chauds, il est temps de passer au premier effet.

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1/ Plusieurs Matrix

* Un matrix aux cartes (4) « classique » qui utilise une belle misdirection exploitant la nom des cartes utilisées pour recouvrir la pièce. La question posée au spectateur après lui avoir demandé de bien suivre les pièces est : « quelle carte ai - je utilisé pour recouvrir la dernière pièce ?». Et sous prétexte de vérifier l’identité de la carte , il en profite pour récupérer la pièce qui se trouve dessous et pour poursuivre dans son matrix avec un temps d’avance.

La première remarque intéressante sur l’importance de la présentation de manière générale et du rythme en particulier intervient à ce moment.

« si je change la présentation, vous ressentirez un effet différent alors que c’est le même truc »

Shoot représente le matrix en en changeant le rythme et la présentation (plus théâtrale pour commencer avec de nombreux « gestes magiques », plus « flash » et rapide dans un second temps en n’accélérant que le retourné de la carte, ce qui donne une réelle impression d’accélération sur toute la routine)

3 rythmes différents pour le même effet. Ceci est une piste pour éviter que les routine aux effets redondants paraissent répétitives.

Shoot rappelle les deux techniques qu’il utilise pour escamoter les pièces sous le couvert des cartes :
- Le « pick up » (la pièce est pincée sous la carte avec le pouce dans le geste de la soulever pour montrer que l a pièce a disparu)
- Le glissage (la pièce est retenue sous la carte entre le pouce et le majeur dans le geste de la soulever pour montrer que la pièce a disparu)

* Un Retro matrix avec une carte ... « plus simple puisqu’il n’y a qu’une carte » (non expliqué mais qui nous prend tous à contre pied )

* Un matrix avec une carte que l’on déchire pour recouvrir les pièces (sur une idée de Jerry Andrus) . En deux d’abord, puis encore une fois pour finir avec une moitié de carte et deux quarts de carte. La quatrièm e pièce n’est pas recouverte.

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2/ Reset

Création de Paul Harris comme le rappelle Shoot OGAWA ; 1977, page 77 du livre Super Magic ; avec une variante inexplicable et inexpliquée (Voyage et change de quatre rois et apparition d’as) . C’est la deuxième fois que Pierre voit ce tour aussi bien réalisé et complètement trompeur. La première fois par Bébel. Si vous souhaitez apprendre une méthode facile rendez – vous page 24 du livre New Wave Close Up de Thomas Hierling. )

C’est un Reset « classique » sur le fond avec l’ajout d’une carte blanche qui permet un niveau intermédiaire (et autorise à considérer qu’il s’agit d’une variante de Shoot OGAWA) puisque, au lieu de présenter un « simple » mouvement des as vers les rois, puis des rois vers les as, un e étape intermédiaire montre que 4 cartes sont devenues blanches.

Nous restons sans voix...

3/ Anneaux chinois (petit diamètre) : « ninja rings »

L’un des meilleurs moments de la soirée. Après une série d’enclavements et de désenclavements à propos desquels on peut parler de virtuosité tellement la fluidité et la variété des effets est au rendez - vous, Shoot présente un enclavement qui se fait dans les mains d’un spectateur et sous le regard d’un autre. Pour être précis, l’enclavement se fait dans LA main et non dans LES mains du spectateur puisque le magicien tient l’anneau d’un côté, laissant l’autre côté au spectateur (comme un volant tenu par deux personnes qui se font face)

Il y a donc « quelqu’un qui regarde et quelqu’un qui ressent », ce qui permet d’assurer qu’aucun mouvement suspect n’est effectué en même temps que cela confirme la solidité des anneaux qui ne tournent pas dans la main du spectateur.

L’enclavement est effectué et tandis que Shoot s’éloigne, les deux anneaux sont « abandonnés » dans les mains du spectateur qui constate que les deux sont solides, non truqués, enclavés... Diabolique !

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Ce tour n’est expliqué que dans la seconde partie de la conférence et mérite presque à lui seul d’être venu.

La possibilité de tout faire sous les yeux du spectateur et de le laisser constater par lui - même que tout ceci est parfaitement incompréhensible est très fort !!! Shoot conseille de ne pas insister sur le fait que les anneaux sont « normaux » ou quoi que ce soit. Au contraire, le fait de le laisser constater par lui - même, pour peu que l’on ait su choisir un spectateur enthousiaste, aura pour conséquence de le laisser partager ses commentaires avec tous ceux qui l’entourent avant que les anneaux so ient récupérés et de propager l’impression qu’il aura eue.

Tout repose évidemment sur un switch (échange). Le set d’anneaux étant constitué d’un anneau normal, d’un anneau à clé et de deux anneaux enclavés, c’est l’un des deux anneaux enclavés que le mag icien donne à tenir au spectateur, l’autre anneau étant enfilé comme un bracelet au poignet de la main qui tient l’autre côté de l’anneau partagé avec le spectateur. L’anneau normal est lui aussi enfilé sur le poignet.

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C’est avec l’anneau à clé que l’enclavement se produit sous les yeux du spectateur. Dès que l’enclavement est effectué, une pause est assurée pour permettre au spectateur de considérer que le tour a fonctionné ; c’est dans le geste de lui donner les anneaux à examiner que le désenclavement de l’anneau à clé se produit tandis que le deuxième anneau des anneaux déjà enclavés glisse du poignet pour être tendu au spectateur.

Référence : 2003 - DVD The Ninja Rings de M. Yangida . Ed Bob Kohler. Routine de Mashiro Y ANGIDA exécutée par son élève Shoot OGAWA . M. Y angida a présenté sa fameuse routine en 1989 au Magic Circle d’Hollywood après l’avoir rodée au Japon pendant 30 années et durant des milliers de spectacles. Elle n’est expliquée que quatorze ans plus tard.

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4 / Tours de cartes impromptus

* Le tour du biddle.
Tout commence par une vérité : on rev ient toujours aux mêmes tours quand on nous en demande un... »

Une carte est sélectionnée puis perdue... Le magicien, après quelques passes, coupes et autres fioritures, propose 4 cartes susceptibles de contenir La carte choisie... Le spectateur confirme que la carte qu’il a choisie figure bien dans les 4 cartes sélectionnées par le magicien... Le jeu est alors retourné face en bas et étalée...La seule carte retournée est la carte choisie... Un climax original est proposé puis que les 3 autres cartes montrées préalablement se retrouvent être les 3 autres cartes de même valeur que la carte choisie.

* Le tour préféré des femmes (parce qu’il leur donne l’impression de tout contrôler à en croire Shoot) Une carte est sélectionné e et perdue au milieu du paquet . Un spectateur poin te deux cartes avec deux doigts et les cartes situées à l’ « extérieur des deux doigts » (extrémités du jeu) Le processus est répété plusieurs fois jusqu’à n’avoir qu’une seule carte. Cette carte est re tournée et c’est la bonne... Présentation d’un contrôle sur le dessus d’une simplicité déconcertante : un break, une pause, une question au spectateur pour ménager une misdirection et une coupe au break pendant la réponse du spectateur (pas de technique à proprement parler mais beaucoup d’audace et de comédie ) .

5 / Carte déchirée et restaurée

Idéal après le matrix à la carte déchirée ! Cette routine, qui fait une concession à l’utilisation de gimmck, est très efficace. Le double face est ici indispensable !

La carte est déchirée en 3 morceaux (une carte pliée en deux et deux quarts) L’un des quarts présente en son bord de l’adhésif double face...( « vous devez y croire pour que cela fonctionne ! » ) . Ce quart est collé à la moitié , au niveau de la pliure. Il suffit ensuite d’ ouvrir la carte pliée et de récupérer le quart précédemment collé au moment où l’on donne le tout à examiner.

6/ Le Cube : une « carte perforée »

Une carte est sélectionnée par un spectateur ( le 4 de cœur ). Shoot annonce qu’elle s’est retournée dans le paquet mais ... Il y a une erreur... La carte retournée n’est pas la carte sélectionnée.
La carte est alors prise et après une pichenette, 4 trous en forme de cœurs (préparés à l’emporte - pièce préalablement) apparaissent sur la carte.

* Variante à la carte de visite :
Une carte à jouer est perforée devant le spectateur ; une carte de visite est glissée dessous et le trou « saute » sur la carte de visite qui est laissée en souvenir au spectateur (qui est aussi un futur employeur potentiel !!!) Après pause

7/ Routine de pièces

Très belle routine qui joue sur la notion d’effet d’optique : « une pièce semble plus grosse si elle est vue de plus près » ... Sauf que les pièces « grossissent » effectivement. Trois petites pièces deviennent moyennes l’une après l’autre. S’ensuit un effet « classique » de voyage de pièces (argent, cuivre et pièce chinoise) d’une main à l’autre (incroyablement « propre »). Le climax repose sur l’apparition d’une pièce jumbo suivie de l’apparition d’une dizaine de pièces venues de nulle par t et qui sont versées dans un verre.

8 / Plusieurs techniques différentes peuvent produire le même effet...

4 façons de faire disparaître la pièce
- Rétension au pouce !
- Dépôt derrière le pouce et on laisse glisser le long de l’avant bras (incroyable !) ...quand la magie se fait jonglerie...
- Rétension « horizontale » à l’annulaire
-Rétension plus « classique » entre index et majeur.

9 / Le mouvement Flip Stick :

Baguette magique et foulard. Pour expliquer la théorie du mouvement minimum pour un effet magique maximum. Les effets sont variés alors que la technique est redondante. Tout cela va très vite et est d’une efficacité redoutable ! On ne voit pas très bien la baguette, ce qui prouve bien qu’elle a disparu !

10 / Les manipulations parfaites avec des dés à coudre (« thimbles ») .

On peut regretter que tout ne soit pas expliqué (les pièces qui changent de taille), sauf si l’on achète le DVD. Mais, a cet égard, Shoot OGAWA est très professionnel : il vend ses productions (surtout des DVD) , ce qui est tout à fait normal, mais ne passe pas son temps à nous rappeler que « tout se trouve dans mes DVD ».

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On peut regretter aussi parfois une impression de confusion dans la structure de la conférence, notamment en raison du fait que certains tours présentés dans la première partie ne sont expliqués que dans la second e. C’est un choix de Shoot , qui préfère proposer sa performance avant d’expliquer les routine s. Mais ce choix n’est pas tenu sur toute la conférence puisque dans la deuxième partie, il propose de nouvelles routines qu’il explique dans la foulée...

De la même manière, on pourrait trouver dommage que, alors qu’il précise que certains effets sont intéressants à présenter l’un après l’autre, il ne les présente pas de cette façon dans la performance (je pense à la carte déchirée et reconstituée qu’il conseille de faire juste après avoir effectué un matrix avec une carte déchirée précisément).

Ceci étant dit, ces trois remarques n’enlèvent rien à l’ensemble de la prestation, bien évidemment, ni à la générosité et à l’intérêt de cette conférence qui nous laisse repartir avec ne nombreux effets immédiatement exploitables et faciles à intégrer à nos propre s routines.

Merci encore et bon vent à Shoot OGAWA ! Merci à tous les présents...d’avoir été présents... Cette conférence fut un succès !

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Sources:

Référence de l'article: http://www.escargotmagique.com/

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